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 Lettres

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Aurèle
Bavard
Bavard


Nombre de messages: 55
Date d'inscription: 26/10/2008

MessageSujet: Re: Lettres   Sam 23 Mai - 22:52

L'Ombre... L'Ombre est morte... L'homme aux cheveux de nuit n'est plus. Ca, La Patronne, ça va lui faire mal, c'est sûr...
Mes zyeux s'perdent entre les boucles noires du papier. J'ai mis du temps à l'lire, mais j'voulais tout comprendre. J'ai lu tous les mots. Mais j'ai pas tout compris. Juste que l'Ombre est partie chez les moines, pis qu'elle en r'viendra pas. Qu'elle s'est étendue par terre pis qu'elle se r'lèv'ra jamais.
La Patronne, elle était bizarre quand l'Ombre était là. Toujours elle mettait sa main dans son cou, comme pour s'masser, pis elle regardait ses chaussures comme pour y chercher des taches.
Ca va lui faire mal, à La Patronne, c'est sûr...
J'me d'mande si j'dois lui dire.
J'regarde à ma gauche la lettre que j'ai pas encore lue. Pis j'regarde à ma droite la lettre du procureur, qui va partir accrochée à la patte du pigeon.
A gauche...
A droite...
...
A droite.
J'ai pas l'droit d'lui cacher ça...

Il reste une lettre, avec un ruban noir, encore. Apportée par le gros zhomme sur son cheval.
Tout douc'ment, j'tire sur le ruban...
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Aldara
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Date d'inscription: 04/07/2007

MessageSujet: Re: Lettres   Lun 25 Mai - 19:07

Compte-rendu d'arrestation du Sieur dénommé Aragorn Mac Callaghan, Seigneur de Drummore, Baron du Connemara, Comte de Galloway, surnommé Grandpas,
en date du 20 Mai de l'An de Grasce 1457,
en terres Berrichonnes

Alors que les officiers Aristote-Richard-Firmin Coustelet et Jehan Poissard effectuaient un contrôle de routine sur les chemins sortant de Sancerre, ils remarquèrent un homme d'une taille imposante, monté sur un baudet. Lorsqu'il fut hélé par les gens d'armes, l'homme sembla blêmir, ce qui ne manqua pas d'attirer l'attention de ces derniers. Alors que le brigadier Coustelet demandait au suspect de décliner son identité, le brigadier Poissard remarqua quelques gouttes de sang perlant d'une épée maladroitement camouflée derrière une cape sombre.
Suit le rapport des brigadiers:

Coustelet: Hola, toi, qu'est-ce donc que ce sang sur la pointe de ton épée?
Suspect: Du sang? Heu... Mais non, ce n'est pas du sang! Du moins pas du sang d'homme!
C: Descends de ton âne et cesse donc de mentir! On va aller éclaircir tout cela au poste!
S: Je ne peux pas vous suivre, je suis pressé! Et je ne mens pas!
C: Descends nom d'un petit bonhomme!
S: Non!


Le suspect a alors éperonné sa monture, tentant de s'échapper. Mais c'était sans compter sur la vigilance et la vélocité des gens d'armes qui, faisant un croque en jambe au baudet, ralentirent la course de l'animal qui s'empêtra et fit valser son cavalier.
Le suspect fit un vol plané et, de tout son poids s'écrasa un peu plus loin. Les deux officiers s'approchèrent, épée en main, prêts à intervenir, quand ils aperçurent un filet de sang s'échapper du crâne du malheureux.
Faiblement, le gaillard psalmodiait quelque chose et l'officier Coustelet reçut la confession qui suit:

Suspect: Dites... lui bien... que... c'est moi qui l'ai tuée... Alfrédine... C'est moi... Pas Aldara... Dites-lui... Et qu'on ne... lui cherche pas... misère... Dites-lui que je ... l'aime... malgré tout... Dites-lui que... son frère ne l'a... jamais reniée... Dites...

C'est par ces mots que s'acheva la confession du pauvre bougre. Nous n'avons pas été en mesure de savoir qui était cette Alfrédine et craignons qu'il ne s'agisse que de divagations d'un mourant. En revanche, nous avons identifié la dénommée Aldara, comme étant Dame Aldara épouse Hélequin, surnommée La Rouge, résidant à Sancerre, en la Rouge Maison.
Aussi, nous faisons porté ce rapport à cette adresse, présentant à Dame Héléquin nos condoléances pour la mort de son présupposé frère. Une enquête est en cours concernant cette Alfrédine; nous demandons donc à Dame Hélequin de se tenir à la disposition de la justice afin de répondre à des questions éventuelles permettant la résolution de cette affaire.



Rapport manuscrit le 21 Mai 1457, par l'officier supérieur Guichard, d'après les témoignages des deux officiers précités.[

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Aurèle
Bavard
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MessageSujet: Re: Lettres   Mer 27 Mai - 15:24

L'papier, y tremble entre mes p'tits doigts. Les boucles noires écrites, elles s'transforment en p'tits ruisseaux sombres parce que zyeux saignent dessus.
Grand. Grand est mort.
GRAND EST MORT.
J'le répète parce que ça m'parait pas possible. Pis j'comprends pas bien ct''histoire d'âne, d'épée avec du sang, pis cette Alfrédine.
J'fronce mes sourcils en r'niflant. Mon coeur me pique en dedans, pis j'ai mal au ventre.
J'regarde mes chausses, un lacet est défait. Faudrait que j'le r'fasse. On pense à des trucs bêtes quand on est écrasé par le chagrin. J'ai le hoquet dans mes zépaules, et la bouche qui tremble un peu. J'essuie mon nez qui coule avec ma manche, m'en fiche si c'est pas poli.
J'crois qu'mes zyeux sont percés, ils coulent, ils coulent, sans que j'peux les arrêter.
D'un coup j'pense à La Patronne. Qu'est ce qu'elle va dire de tout ça? De tous ces fantômes sur le papier? Est-ce qu'elle va l'supporter? Et si elle aussi, elle mourait? J'vais d'venir quoi moi?
...

J'regarde les deux cadavres à ma droite. Le mari et l'amoureux. Dans ma main, y'a l'frère. J'l'empile sur les deux autres? J'envoie trois morts accrochés à une patte d'un pigeon?
C'est p'tet trop lourd pour lui. C'est p'tet trop lourd pour elle...
A gauche, le fantôme de Grand reste en sommeil.
A droite, il s'envole vers sa soeur.
A gauche...
A droite...

J'pousse un grand soupir, pis j'plie Grand que j'fourre dans ma ch'mise. J'prends les deux autres, pis j'les roule tout fins avant d'les attacher à la patte du piaf.
Grand, il va rester sur mon coeur, pour le moment.

J'ouvre la porte pour laisser l'oiseau partir et au loin, j'vois des zhommes qui arrivent avec des grands charettes. Ca y est, c'est l'heure. J'vais r'joindre La Patronne. I s'ra toujours temps d'lui dire pour Grand.
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Aldara
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Date d'inscription: 04/07/2007

MessageSujet: Re: Lettres   Lun 1 Juin - 20:16

La Rouge était en taverne, ce soir là. Elle venait de faire la connaissance d'un certain Maxivice, jeune acquéreur d'une taverne qu'elle lui promit de visiter régulièrement. Etait là également Dame Floryne, qu'elle n'avait pas vue depuis des mois, voire des années, et puis Sandrine s'était jointe à eux. La soirée était agréable, entre tisanes et rires berrichons. Aldara se sentait à nouveau chez elle, espérait être un jour aux côtés de ceux qu'elle aimait, notamment le chevalier de son coeur, Mileagan, pourtant en retraite depuis des mois. Elle ne savait pas bien pourquoi elle gardait espoir, mais rien qu'à sa pensée, elle allait caler sa main dans son cou, comme elle le faisait à chaque fois qu'il apparaissait... Peut-être était-elle en train de tomber amoureuse.

Mais autre chose la préoccupait depuis son retour à Saint Aignan.
Crategos.
Forcément, elle le voyait partout, se remémorait leur rencontre, leurs échanges, leurs premiers baisers, leur mariage... Elle mariée.

Souvent en taverne, elle faisait tourner la fine alliance d'acier entre ses doigts, pensant à cet homme qu'il était alors, ici, dans ce petit village. Elle occultait totalement celui qu'il s'était révélé être en Toulouse, l'homme ambitieux, malhonnête, violent, volage...

Alors que La Rouge était perdue dans ses pensées, elle aperçut son fidèle coursier, enfin de retour.
Aurèle aura enfin reçu sa lettre et c'est sans doute parce qu'il se sera appliqué à lui répondre que l'oisel avait mis tant de temps à revenir.

Elle libéra l'oiseau de son fardeau -fardeau était bien le mot, deux épais parchemins encombraient le volatile qui sembla même sourire lorsqu'elle le libéra-, fronça les sourcils, étonnée de ne pas voir les pattes de mouches maladroites du petit garçon.
Elle préféra s'asseoir, pressentant de mauvaises nouvelles. Dès les premières lignes, elle sut qu'un malheur était arrivé, pire plusieurs.

Sa vue se brouilla peu à peu, son coeur s'emporta, engoncé dans un corset trop serré, enfin, sa main inerte lâcha les parchemins funestes, alors que son corps s'effondrait...

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