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 Un petit livre rouge

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Aldara
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Date d'inscription : 04/07/2007

MessageSujet: Un petit livre rouge   Ven 3 Aoû - 0:29

Aldara entra dans la grande bibliothèque silencieuse, un grand livre rouge, une plume et un encrier entre les mains. Elle balaya la pièce du regard, laissa échapper un soupir, ferma les yeux et huma l'odeur si particulière des livres, sagement rangés sur les étagères. Elle se dirigea ensuite vers la petite table en bois, très simple, brute et presque rugueuse au toucher. Elle y posa ce qu'elle tenait et s'assit. Elle resta de longue minutes à caresser la couverture de cuir, laissant glisser ses doigts aux quatre coins de l'ouvrage. Souriant, elle se décida enfin à l'ouvrir, prit la plume, la trempant dans l'encrier et, d'une main un peu tremblante, écrivit:

Mémoires d'une inconnue


Elle attendit que l'encre sèche et tourna la page. S'appliquant, elle tirait un peu la langue et sentait sa main déjà plus assurée.

"3 Juin 1455 : Je ne sais pas grand chose de cette fille en cheveux et haillons qui se retrouva, il y a quelques jours, le ventre creux et la gorge sèche, attablée dans une taverne de Loches. En me penchant au dessus de la bière tiède qu'un malotru puant glissa sous mon nez, j'aperçus l'image floue d'une fille que je ne reconnaissais pas, en partie tondue, la lèvre fendue, formant une croix, et une étrange marque au milieu du front qui semblait être un W ou bien encore VV. Seuls quelques mots résonnaient dans ma tête: "Ton nom est Aldara, renais aux vivants."
Je décide donc, ce jour, de couvrir ma laideur d'un voile noir, tant que je n'aurai pas la réponse à mes questions.

10 Juin : Un brave vagabond nommé Dirix a eu pitié de moi et m'a aidé à retrouver quelques pièces du puzzle. J'ai appris que l'homme qui m'a agressée faisait partie de la noblesse et que, sans doute, je le connaissais bien.

19 Juin: La mémoire me revient par bribes; un évènement anodin me ramène en arrière. L'homme est un noble, c'est certain maintenant, il est vicomte... Je pars sur les chemins à sa recherche, sans vraiment savoir où je vais...

22 Juin: Mon âme est à présent au repos, j'ai retrouvé le Vicomte de Valdemer, et avec lui, un cortège de souvenirs douloureux : Je vivais aux abords de Loches, chez mes parents, serfs du Vicomte. Assez vite, ce dernier, qui n'était guère plus âgée que moi, me fit la cour et me promit mariage. Un jour, il me convia à une partie de chasse en forêt, mais ce n'était qu'un leurre... Une fois enfoncés dans les bois, nous tombâmes sur quelques de ses amis qui, encouragés par lui-même, me molestèrent et m'offrirent au Vicomte, dont le visage, tuméfié par le plaisir sadique, était à peine reconnaissable. Il me viola, me marqua au front de ses initiales, me tondit et me défigura en me cisaillant les lèvres du nez au menton... Enfin, m'abandonna aux loups et aux corbeaux...

Je l'ai retrouvé et n'ai pas eu pitié de lui. Il m'a marquée, comme un animal de son bétail, je me suis donc comportée avec lui comme tel. Je l'ai confondu puis ai arraché tout ce qui m'avait souillée: ses doigts, sa langue, que j'ai arrachés avec mes dents et enfin son maigre appendice, que j'ai sectionné aux ciseaux... Je l'ai finalement abandonné aux loups et aux corbeaux, qui lui ont été moins cléments...

Holaf a entendu ma confession et le Très Haut m'a pardonnée.
Mais Dirix m'ouvre les yeux: en me comportant de la sorte, je n'avais pas été meilleure que le vicomte... Rongée par le remords, et surtout en gage d'amitié pour Dirix, je retourne enterrer le corps du pauvre homme et me livre aux autorités. Mais les soldats ne me croient pas et me jettent aux portes de la ville, sans ménagement.

Désormais je porte au milieu du front, un médaillon d'argent qui cache ces deux lettres maudites, portant l'inscription "Inter Vivos" (parmi les vivants)et un voile noir, à larges mailles, qui laisse entrevoir mes traits. Je m'engage à regarder vers demain. Mon rêve aujourd'hui: aller voir la mer!

2 Juillet: J'ai fait une rencontre... une rencontre extraordianaire et, pour la première fois depuis longtemps, je suis confiante. Ma colère s'estompe, même si ma répulsion pour l'odeur des hommes persiste.
Weulfen... rien d'autre à dire...

4 Juillet: Ce jour, Weulfy m'a fait un cadeau inestimable: elle a arrangé tout l'intérieur de ma maison qui est désormais la nôtre. Nous vivons au IV, à Loches et notre maison s'appelle Inter Vivos. Elle n'est pas encore finie mais déjà fort agréable à vivre. Nous y bâtissons notre amour, auprès de mon ami de toujours, Dirix, qui a accepté de se joindre à nous. Notre relation est basée sur la confiance et le respect mutuel, et pour le moment, ça fonctionne!

6 Juillet: Mon coeur est déchiré. Mon merveilleux ami, Dirix, n'a pas donné de nouvelles depuis des jours. Un vagabond croisé en taverne m'apprend qu'un homme répondant à sa description a été retrouvé, mort, sur le bord du chemin... Je suis affligée. La nouvelle se répand à Loches comme une traînée de poudre. Weulfen est, comme moi, abasourdie. Je ne peux me résoudre à vider sa chambre et encore moins retirer l'écriteau sur la porte.

16 Juillet: Ce qui me restait de coeur vient de tomber en poussière à mes pieds... Weulfen, ma Weulfy, ma poupée de cire m'a été arrachée... Je ne peux surmonter ce deuxième deuil effroyable. Me voilà à nouveau seule, dans cette ville qui me semble à présent bien peu hospitalière et si désolée. Je me décide, après quelques jours d'un chagrin tragique et inconsolable, à faire mes bagages et partir, peut être pour toujours. Mon filleul, Almar, vient d'arriver à Chalon, l'occasion était donc toute trouvée.

Je traverse Saint Aignan, puis Bourges, où je fais une rencontre étonnante et, je pense, déterminante. Alycha, une jeune voyageuse le nez au vent, et Ellya, prêtresse du plaisir au coeur d'or, décident de m'accompagner, contre vents et marées. Les Amazones sont nées.
Nous irons par Sancerre, puis Cosne, semant les rires et parfois les sarcasmes en tavernes... Je m'attache à ces deux jeunes femmes, qui semblent parfois, aussi perdues que moi...

27 Juillet: Alors que je suis à Cosne, en compagnies de mes deux amazones, une nouvelle extraordinaire, à peine croyable, me parvient: Dirix serait en vie!!! Ma joie est telle que je pleure le reste de la soirée. Il dit être à Chinon, à peine à un jour de marche de Loches. Je décide sur le champ de faire demi-tour, afin de vérifier que tout ceci n'est pas un rêve. A ma grande surprise, et surtout à ma grande joie, mes deux compagnes de voyage acceptent de me suivre. Après quelques jours, riches en émotions, nous faisons marche arrière.

Il s'est en effet passé quelque chose d'inimaginable dans cette petite ville que je n'oublierai jamais... Un homme, peu importe qui, ce n'est pas l'important, sous l'ordre de ma chère Ellya, a réussi à m'approcher... Ellya, la douce, a pitié de moi, elle veut me faire affronter mes démons et exorciser ce setiment haineux envers le sexe dit fort. Et, par je ne sais quelle magie, elle y parvient... L'homme m'approche, je le hume, il me touche, m'embrasse même... et je ne ressens pas l'envie de vomir, de lacérer son visage de mes ongles, d'arracher sa langue de mes dents... Je me reconnais à peine et le choc est grand.
Nous quittons Cosne le 1 Aout, et j'ai, en tête, mille questions qui se bousculent parmi lesquelles: Si "cela" est possible, peut-être un jour serai-je mère?..."

Aout: Beaucoup de choses se sont encore passées dans ma vie et pas des moindres. Après une nuit éprouvante en prison à Bourges, l'annonce terrifiante des raisons de mon mal être -Le Vicomte m'a en effet laissé un petit souvenir de son ... intrusion dans ma vie-, Ellya et moi nous arrêtons à Saint Aignan, où ma belle lumière doit faire une retraite forcée. Tout de suite, les Saint Aignais me prennent en affection, c'est à qui m'aidera le premier à manger à ma faim, à m'héberger ou à me servir d'escorte... Apokalyspe, Scanx, Jo, Loubette, mes sauveurs et amis ne se comptent plus... Le premier d'entre eux, épris je crois, m'invite même à l'accompagner au bal de Saint Aignan, le premier de ma vie. A cette occasion, j'accepte de troquer mon éternelle robe noire contre une sublime robe rouge flamboyante prêtée par Dame Jo.

Et puis l'impensable se produit... Le 17 Aout, entre dans une taverne, un grand jeune homme blond, à la tignasse parfumée à l'orange... Dirix est à Saint Aignan! Ma joie est immense, au-delà même de ce que j'aurais plus imaginer. Je goute enfin à ses lèvres de cannelle, ayant une pensée pour ma douce Ellya, sans qui tout celà n'aurait pas été possible.

19 Aout: A une grande joie répond un grand malheur, ma belle lumière s'est éteinte en mes bras ce soir, pour me redonner vie, force et courage... Mon coeur s'émiette... Mais je lui ai promis d'être forte, heureuse er de chérir l'enfant qui grandit en moi...

20 Aout: Saint Aignan m'a définitivement adoptée! Ma chère Lou vient d'ailleurs de me demander d'être sa marraine! Je suis très émue par cette requête, surtout venant de la part de cette petite jeune fille si attachante qui , très vite se révéla être mon âme soeur. Deux jours plus tard, Dame Jo, la mairesse en personne, me demande d'être sa demoiselle d'honneur! Jamais autant d'honneurs ne me furent faits par le passé, l'émotion est grande et la perspective de quitter prochainement Saint Aignan pour rentrer à Loches vendre mes biens, me parait encore plus douloureuse...
Dirix et moi, nous dévoilons chaque jour un peu plus, nous attendons avec impatience d'avoir notre propre maison, afin de nous réveiller enlacés chaque matin...
23 Aout: C'est le grand jour du départ... Dirix et moi faisons nos bagages et quittons Saint Aignan pour rejoindre Loches... Pour gagner du temps, je décide de m'anoblir et devient, ce jour, Aldara de La Rouge Maison.

Septembre... Un mois riche... Dirix et moi avons quitté Saint Aignan, la mort dans l'âme, puis Loches, pour rencontrer la dernière personne qui connut Weulfen vivante, celle qui répandit sur son corps les premières poignées de terre. Elle vit à Poligny et se nomme Ysabeau de Valléry. Malheureusement, alors que nous sommes à deux jours d'arriver, je suis informée qu'elle vient d'être assassinée par son amant, dans une crise de folie qui le pousse même à tenter de se donner la mort. Ainsi, Weulfen s'efface encore un peu de la surface de la Terre, alors que j'aurais aimé l'apercevoir dans les yeux de cette femme... Sentir l'haleine chaude qui souffla peut être quelques mots rassurants à l'oreille de ma poupée de cire, serrer ces mains qui accompagnèrent ma louve dans la mort, écouter cette voix qui la berça sans doute dans ses derniers instants...
J'apprends par ailleurs que Saint Aignan est attaqué par la Touraine! Des soldats lochois se pressent à l'entrée de la ville, saccagent, pillent et mettent la ville à feu et à sang. Nous faisons donc immédiatement demi-tour, mais le Duc, George le Poilu, nous déconseille d'entrer en Berry. Nos origines tourangelles pourraient nous couter la vie si nous croisions des soldats berrichons, alors que nous venons leur prêter main forte. Je suis sans nouvelles de mes amis, l'inquiétude grandit en moi, sourde et dévorante. N'écoutant que mon coeur, je laisse Dirix à Nevers, avec pour seule explication, une lettre implorant son pardon et me rend sans tarder à Bourbon, sur les ordres de Shaigan, le chef des armées du Berry. Durant ma chevauchée, je ne cesse de penser à mon amour que j'ai ainsi laissé derrière moi... pour sa survie! Me pardonnera-t-il cet acte dicté par le coeur? Sera-t-il toujours là à mon retour?...
Ainsi, comme souvent finalement, je me retrouve seule,... seule face à l'inconnu, en quête de sérénité... Seule, mais pas tout à fait. J'ai un nouveau compagnon de route, ou plutôt, je perçois enfin sa présence, là, au fond de mon ventre...
Il vit.
Par moi.
Et pour moi.
...
Un grand malheur est arrivé. Jamais je n'aurais cru souffrir autant, dans mon corps et dans mon âme, de la perte de cet enfant...
Alors que j'arrivais à Bourbon, deux brigands m'ont attaquée pour me voler mon cher Astrion. Ils m'ont désarçonnée, la chute fut rude. C'est au dispensaire de Dame Androlyne qu'eut lieu mon clavaire, qui dura trois jours et trois nuits. Dirix est fait prévenir, il ne se précipite pas à mon chevet, et quand enfin il arrive, c'est pour me dire sa joie de cette perte et salir la mémoire d'Ellya. Je ne peux le souffrir, le gifle et le quitte, ivre de douleur, pour me réfugier chez une petite jeune fille adorable, Apolonie, qui deviendra mon Myosotis... Une amitié indéfectible nous lie très vite, elle me parle de Merlyin et de son parrain, un certain Crategos, ancien maire de Bourbon qui est parti avec la caisse, soit plus de 8000 écus!
L'air de Bourbon devient pour moi irrespirable: à chaque fois que je passe devant chez Androlyne, je revis tout, mon ventre mort se contracte et je manque défaillir. N'écoutant pas Apolonie qui me met en garde, je prend la route, direction Sancerre, afin de rencontrer Shaigan, enfin. Peine perdue, les tavernes restent fermées plusieurs jours et Saint Aignan, Loubette, Jo me manquent cruellement. Je repars donc, traversant le Berry au péril de ma vie, arrive à Loches où je récupère mes deniers, rachète Astrion à un commerçant qui dit l'avoir trouvé sur les chemin, blessé et perdu, et file immédiatement à Saint Aignan. J'emmène Holaf avec moi qui veut combattre ceux qui tuent les villageois et aperçoit Dirix, qui semble me fuir comme la peste.

4 Octobre: Me voilà Berrichonne, propriétaire et forgeronne! Ma joie est grande de revoir mes amis et de porter enfin les couleurs de ma terre d'adoption. Très vite des responsabilités m'échoient; Jo me confie le poste d'échevin de la ville afin de trouver des parrains aux vagabonds perdus.
Et puis un soir, je fais une bien étrange et improbable rencontre: Crategos!!! Il est ici! Le maraud, le cuistre, le voleur, celui qui blessa tant mon Myosotis par sa traîtrise et par sa fuite!! Je ne manque pas de lui dire ce que je pense de lui, alors qu'il est affairé sous les jupons d'une femme enceinte, que je prends pour une gourgandine. Il n'aura alors de cesse de me tourmenter, me malmenant dès qu'il en a l'occasion, tentant de me discréditer aux yeux de la communauté qui, fort heureusement, n'est pas dupe. Il faut avouer que je le lui rends bien, allant même jusqu'à le rebaptiser Piste à Mouches, en raison de son crane dégarni et luisant!
Les choses dérapent, ce soir du 12 Octobre... Il me provoque en duel et me blesse gravement au bras, alors que je manque l'égorger. De surcroit, il m'arrache mon voile pour se soigner, mettant à nu mon visage tuméfié. De ce jour, la fièvre ne me quitte que rarement, je perds même connaissance à plusieurs reprises, évanouissement dont profitera d'ailleurs le pourfendeur pour mal agir, à nouveau. Une étrange boule a fait son apparition dans mon ventre, je la sens, souvent, qui me torture. Non pas que je le craigne... Sa présence provoque chez moi des dérèglements d'humeurs incontrôlables qui me font craindre le pire quant à ma survie. Fort heureusement, il a annoncé son départ prochain pour la guerre; j'espère que ce départ m'apaisera, bien que j'en doute: quelque chose a changé en mon âme, et sans doute pour long...


Dernière édition par Aldara le Mar 7 Avr - 23:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un petit livre rouge   Sam 24 Nov - 20:29

Novembre: Les choses s'accélèrent, me dépassent un peu. Crategos me demande en fiançailles, moi, Aldara la Rouge, la vilaine, la défigurée, la sauvage... J'ai chaque jour, du mal à y croire et pourtant, il reste là, à mes côtés, faisant brûler nos corps d'une passion sans cesse renouvelée. Alors que je me livre peu à peu, sort de retraite son ancien amour. La folie s'empare de mon coeur, je manque commettre l'irréparable. Mais heureusement, mes amis Saintaignais sont là pour me soutenir. Lou, Lord, Asterie, Amb, Bouzi... Je pars faire le point à Noirlac où je mesure le manque que je ressens loin de lui. A mon retour, nous partons en voyage, seuls, afin de nous trouver, loin du regard des Saintaignais qui nous prennent pour des ennemis jurés. A Blois, ville sinistre, nous rencontrons Foulque, seul attrait de cette ville, que nous débauchons et qui décide de nous suivre. Une fois à Saint Aignan, il ne partira plus! Nous passons par Gien, où je remue de vieux souvenirs... Ellya...
De retour à Saint Aignan, je prends une grande décision: il me faut informer Apolonie de la situation, avant qu'elle ne l'apprenne d'une autre bouche. Crategos ne voit pas cela d'un très bon oeil et sans savoir pourquoi, j'ai, en
le quittant à Bourges, un bien mauvais pressentiment...
J'arrive à Bourbon, surprant mon petit Myosotis en taverne qui semble ravie de me voir. Nous parlons, beaucoup, mais pas assez. Nous parlons de Crategos. Nous parlons de ce qui nous lie, ce lien étrange, fait d'amour et de haine, d'attirance et de répulsion. Elle a du mal à comprendre et je le comprends. Elle accepte pourtant de venir me voir à Saint Aignan, et peut être même de lui parler. Ma joie est immense mais bien vite effacée par l'annonce de son départ, avec l'armée. Je reprends donc la route, chargée de légumes et de fruits pour mon village, en direction de Bourges, où Crategos m'attend toujours. Mais un brigand croise mon chemin, il me dépouille et me laisse là, inanimée et terrorrisée...
J'arrive à Bourges, squelettique, affamée et sans un sou, j'échappe de peu à la prison. Crategos est fou de colère et fait alors quelque chose que jamais d'aucun n'aurait cru possible. Il me propose son aide, il m'ouvre sa caverne d'Ali Baba et me dit "prends ce qu'il te faut", il est enfin à mes yeux l'homme que j'ai toujours deviné sous le vernis crasseux de suffisance...
Entre temps, mon agresseur est inculpé, je plaide contre lui, pour la première fois de ma vie et j'y trouve un plaisir certain. J'en viens à me demander si je ne vais pas me lancer dans des études de droit, dans les années à venir.
Nous rentrons à Saint Aignan, bon an mal an, et une triste nouvelle nous accueille: Crategos est inculpé pour avoir déposé des denrées à vendre sans autorisation. Il risque 5 jours de prison et le bannissement du Berry. Je suis effondrée, sait que le choix que je m'apprête à faire, en cas de culpabilité, sera une souffrance sans fin... Crategos ou le Berry...
Mon avenir ou ma naissance... Mon homme ou ma terre...
J'espère chaque jour, chaque heure qui s'écoule ne pas avoir à quitter cette terre qui m'a mise au monde, moi, Aldara la Rouge, forgeronne et aubergiste, échevin et marchande à mes heures, marraine de Lou et filleule de Crategos... Mais ma décision est prise. S'ils le chassent, alors ils me chassent aussi.
Crategos est finalement relaxé, promettant de se tenir à carreau.

Les choses vont encoure plus vite ensuite.
GeorgeLePoilu, alors maire de Saint-Aignan, me tend la main et m'ouvre les portes de la mairie. Me voici échevine aux festivités et Présidente du Comité des Festoiements. Je m'amuse beaucoup, me lance le défi d'organiser un bal tout blanc! Un succès! Les têtes couronnées s'y succèdent, en ce froid Dimanche de Solstice. Puis vient le Bal des AA, les Amoureux Anonymes, un bal masqué en l'honneur de Saint Valentin.

Et puis Crategos organise nos noces, prévues le 4 Avril 1456. Un souvenir extraordinaire, tous mes amis sont là, même les plus impensables... Judith, qui portait un autre nom autrefois, accompagnée d'un petit blondinet de fils, remue mon passé... Je pleure beaucoup, me voilà mariée...
Après le mariage, les choses changent entre mon mari et moi. Il se lance en politique et me délaisse peu à peu. Bientôt, nous décidons de quitter le Berry, le coeur dolent, mais persuadés qu'une nouvelle vie à deux nous attend ailleurs. Quelques amis nous suivent et nous nous installons tous à Castelnaudary.

La politique prend de plus en plus de place dans la vie de Crategos. Pour tenter de me rapprocher de lui, je le soutiens, le défends, adhère à son parti. Il est traîné dans la boue, son passé lui est jeté à la figure en permanence, il s'aigrit... Il est de plus en plus souvent sur les routes, entre Foix et Albi, de moins en moins à mes côtés.
Et voilà que je me retrouve au conseil. Je commence en tant que Commissaire aux Mines, je prends ma tâche très au sérieux, sous le joug d'un Coms despotique et imbu de lui-même. Je rêve d'un poste judiciaire mais sais très bien que je n'en ai pas les épaules. Et pourtant... Au mandat suivant, nous sommes en juillet, Le Coms accepte ma requête et me confie la Procure. Me voilà Procureur! Robe noire et dossiers vissés sous le bras, je traîne mes guêtres au Tribunal, sitôt mes obligations effectuées. Je plaide, j'accuse, j'inculpe, moi, La Rouge, l'assassine, l'impie, la Sapho... Je côtoie la fange, m'y frotte, y trouve un plaisir délectable. Un, notamment retient mon attention, un certain Raider89, petit brigand sans envergure qui brigue la marie d'Albi. Le procès fait des remous.Le drôle veut porter plainte contre moi!
Tout cela me fait un peu oublier l'éloignement de Crategos, jusqu'à l'arrivée d'une lettre à l'Auberge, une lettre de trop, une ancienne conquête de trop, dont le nom m'était inconnu, comme toujours. Je quitte Crategos, la mort dans l'âme et cherche réconfort dans les tavernes toulousaines, plus que de raison. Je m'abîme, espérant qu'il me tende la main, mais non, il a honte de moi, de l'ivrogne que je suis devenue. Alors j'erre, entre Albi et Foix, moi aussi, me décide à partir. Mes champs sont mis en vente, mon moulin abandonné.

Et puis, alors que mon mandat se termine, trois jours vont changer ma vie. 3 jours, 3 villes, 3 hommes.
Castres. Je suis bloquée ici pour avoir abusé de la bière, alors que je dois rejoindre Castelnaudary, sans un sou, sans pouvoir travailler.
GrandPas. Un homme étrange, à l'intuition presque magique, qui me perce de ses prunelles émeraude, me fait vaciller, perturbe mes projets de départ.Il veut m'aider, dit-il. Mais je relève le menton et prends finalement la route.

Castel. J'arrive enfin mais une lettre étrange m'attend à la maison. Un homme écrit au Procureur pour lui demander son aide. Je ne sais pourquoi, mais j'ai confiance en lui, je lui apporte ma protection, il vient me remercier à l'Auberge.
Lohengrine. Un homme étrange encore, qui me bouscule, me jette mon vice à la figure et m'exhorte à l'attendre avant de quitter le Comté. Il veut m'aider lui aussi... Il prend la route, pour l'Anger où il doit récupérer un petit pécule qui lui permettra de prendre champs en Toulouse.
Mais je relève le menton, encore et prends finalement la route, direction Foix.

Foix. J'arrive au petit matin du 3ème jour et me sens suivie. Un homme est derrière moi, depuis quelques lieues, ne pense pas que j'ai repéré. J'ai l'habitude du bruit des brindilles qui craquent, du parfum du mâle que le vent porte à mes narines... Je lui saute au collet, mais il est véloce, le bougre.
Miléagan. Un homme étrange, encore. Un vagabond aux allures chevaleresques, écusson au poitrail, muscles bandés et port altier. Ses cheveux corbeau, lisses, longs, luisants me fascinent...
Ma cheville me fait souffrir, après une mauvaise chute dans la bataille. Il veut m'aider, encore...

3 jours.
3 villes.
3 hommes.
Et mes projets s'envolent en fumée. Pour laisser place à autre chose.
De grand.
De dangereux.
De palpitant...
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