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 Un débarbouillage qui remue la boue

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Aldara
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Nombre de messages : 555
Date d'inscription : 04/07/2007

MessageSujet: Un débarbouillage qui remue la boue   Dim 25 Nov - 15:18


Bouzi n’insiste pas. La rumeur peut se révéler aussi mortelle que le poison le plus violent, le plus impitoyable. Mais si elle est venue au secours d’Aldara, tant mieux pour elle ! Il ne connaît pas cet épisode de la vie de son amie. Il n’en connaît aucun, d’ailleurs.
Aldara se livre très lentement. Perpétuellement dissimulée derrière ce voile sombre, qui cache ses sentiments autant que ses traits. Patience …
Il l’observe, en terminant son verre d’hypocras. Elle écrit à Asterie afin de lui demander quelques vêtements pour son usage personnel. Il la remercie avec sincérité, que ferait-il sans son aide ? Il serait mort, sans doute. Tout simplement.
Elle vient vers lui, soulève son capuchon, regarde avec insistance son visage marqué par la fatigue, la douleur, la crasse. C’est vrai qu’il a bien besoin d’un bain. Le qualificatif de porcelet lui convient à merveille. Bouzi sourit en l’entendant. L’admet volontiers.
Aldara se rassied. Se replie sur elle-même, semble t’il. Changeant mystérieusement d’attitude d’une seconde à l’autre. Quelle est donc cette souffrance qui l’obsède ? Ce secret qui la préoccupe ? Bouzi s’y perd un peu. Comment l’amener à se dévoiler ? Comment progresser ?
Plus tard. Il y reviendra plus tard.
Dis-moi, il est où ton baquet ? Tu n’as vraiment que de l’eau glacée à me proposer ? Sourire … Je me demande bien si je vais réussir à me laver le dos tout seul, avec ces cicatrices encombrantes qui m’empêchent de me retourner ?

Aldara le voit l'observer, les yeux pleins de questions. Devra-t-elle à nouveau remuer le passé? Sans doute, elle le lui doit bien, il a été honnête avec elle.
Du menton, elle lui indique la petite porte derrière le comptoir.
Là-bas, il y a une grande bassine de fer blanc, que j'ai moi-même forgée. Et tu trouveras sans doute un morceau de savon à la graisse de boeuf.
Il s'inquiète de ne pouvoir se laver seul.
Comment? Mais tu es donc un enfant, c'est avéré! D'abord se rouler dans la boue et maintenant demander à ce qu'on te frotte le dos?... Tsssss...
Elle se décide à se lever, le prend par le bras et l'entraîne à l'arrière. Le masque. Ne pas faire tomber le masque. Cacher le dégoût, pour ne point le blesser...
Elle commence à l'aider à ôter sa chemise; des odeurs fortes viennent imprégner ses narines: le sang, la sueur, mais surtout cette odeur si particulière et détestable... Elle blêmit légèrement, se hâte de jeter la chemise au sol. Le masque. Elle regarde cette peau sale, tuméfiée et si masculine, tannée, luisante, sous laquelle jouent des muscles fatigués.
Elle lui tourne le dos, frotte un savon contre un linge, porte discrètement le savon à son nez pour effacer la terrible odeur de l'homme.
D'un geste un peu brusque, elle commence à frotter le dos de Bouziguot, s'éloignant au maximum. Elle fait vite, retenant son souffle.
Soudain une vision: une peau contre la sienne, des rires, un visage familier...
Elle laisse tomber le linge, blanche comme la mort. Le savon glisse et va se perdre sous le comptoir.

Bouzi a été pris au mot par son amie. Ce qui n’était en réalité qu’une boutade innocente a été interprété différemment par Aldara. Et le jeune homme trouve la situation plutôt plaisante.
Pourquoi se plaindre, dès lors ? Elle l’aide à retirer sa chemise, et se met à lui frotter vigoureusement le dos. D’un geste vif et décidé.
Entre-temps, lord Vincenzo les a salués et laissés seuls.
Soudain, le drap utilisé par Aldara tombe sur le sol, et le savon ricoche sur le pavement et disparaît sous le comptoir.
Bouziguot se retourne, surpris. Aldara est d’une pâleur mortelle, proche d’un malaise ou d’un évanouissement.
Encore trempé, les braies largement retroussées sur ses mollets efflanqués, Bouzi sort vivement du baquet, et soutient son amie en lui serrant le bras entre ses doigts.
Inquiet, il l’installe dans un fauteuil, et s’agenouille devant elle, les mains posées autour d’elle, sur les larges accoudoirs. Il scrute tant bien que mal le visage résolument dissimulé par le voile. Il y déchiffre malgré tout une émotion, un bouleversement qu'il ne s'explique pas.
Il hésite, puis prend la main de son amie.
Arrête de fuir mes questions, Aldara. Livre-toi ! Fais moi confiance comme je te le fais de mon côté !

Le masque se fendille. Le masque craquelle. Le masque choit sous le voile.
Bouziguot l'assoit, il l'enferme de ses bras sans la toucher, ce qui, quelque part, la tranquillise un peu. Elle se sent protégée sans que son espace intime ne soit violé. Il pose sa main sur la sienne, lui parle, lui demande de se livrer. Elle ne parvient pas à lever les yeux, trop lourds de larmes. Elle finit par porter ses mains à son visage, cachant ses yeux inondés qui débordent entre ses doigts. Son corps secoué de sanglots si longtemps retenus ne répond plus à son cerveau qui lâche prise.
Si tu savais qui je suis... Si tu savais ce qu'on m'a fait... Ce que j'ai fait... tu ne resterais pas un instant ici... Je suis venue ici pour oublier, mais mon corps se souvient, il ne me laissera jamais en paix... Laisse-moi juste pleurer. Pleurer sur tout cela, peut être après accepterai-je de vivre avec et non plus en l'occultant...
Elle laisse son âme surgir enfin, les derniers morceaux de masque tombant sur le sol.

Bouzi est vivement ému par le chagrin d’Aldara. Seule sa grande pudeur l’empêche de la prendre entre ses bras et de la serrer très fort contre lui. Et de la bercer comme on berce une enfant malheureuse. Il demeure agenouillé devant elle, posant les mains sur ses genoux.
Pleure, ma mie, ça va te soulager. Laisse couler tes larmes, n’aie aucune honte. Elles vont purifier ton corps et ton esprit. Tu es si adorable, ça ne peut pas être si terrible que ça. Et puis, même si ça l’est, je suis capable de te comprendre. Tu n’as pas pu faire pis que moi …
Tu m’offres la chance d’un nouveau départ, tu y as droit aussi … La vie n’est pas un long chemin tranquille, mais on s’en sortira … Tu n’es pas seule …

Bouzi se lève, ramasse un châle qu’il pose délicatement sur les épaules de son amie et lui tend les mains.
Viens, on va faire quelques pas dehors. Le grand air te fera du bien. Et cette fois-ci, tu m’expliques tout, d’accord ?

Elle attrape ses mains et le suit, d'un pas mécanique, les yeux dans le vide, reniflant comme une enfant.
Une fois dehors, elle tourne la clé dans la serrure, la replace dans sa poche, serre un peu le châle qui glisse de ses épaules. Le froid mordant de Novembre passe entre les mailles, lui pique la peau; elle se sent vivante.
Les yeux rougis, le teint pâle, quelques mèches rebelles s'échappant de son chignon, elle n'est plus la femme au regard fier et sombre, la femme au port altier, la femme au masque. Elle n'est plus qu'une petite fille perdue. Elle serre la main de Bouzy comme on serre celle de son grand frère dans une rue étroite. Leurs pas claquent sur le pavé endormi, dans cette nuit nimbée de brume. Elle ne sait pas où ils vont, ils marchent juste, elle se frottant le nez de temps en temps, lui, silencieux et à l'écoute. Il a remis son bonnet informe qui le cache presque complètement, mais elle sent sur elle son regard interrogateur.
Elle prend une grande inspiration et jette sur le pavé ces quelques phrases hachées :
J'ai tué un homme. Je l'ai torturé. Et attendu que la Mort vienne le chercher. Me délectant de ses souffrances et de ses implorations. Il s'appelait Valdemer. Vicomte de Valdemer, et c'était mon meilleur ami.
Elle n'ose relever les yeux, imaginant le visage stupéfait de Bouzy. Elle serre sa main un peu plus fort, pourvu qu'il ne la lâche pas...
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