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 Ataraxie: Clair-obscur sous un chêne

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Aldara
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Nombre de messages : 555
Date d'inscription : 04/07/2007

MessageSujet: Ataraxie: Clair-obscur sous un chêne   Sam 23 Fév - 17:31

Aldara avance dans la nuit noire, cherchant à retrouver le lieu; elle n'était venue qu'une fois, fort handicapée et le coeur dolent. Mais elle fait confiance à ses sens, son nez surtout.
Elle avance donc, la canne à la main, les yeux clos et le nez au vent. Ici un talus de houx, à l'odeur piquante, oui, à droite ensuite. Elle sent déjà l'odeur de la pierre qui exhale la chaleur de la journée, elle approche. Elle ouvre les yeux, découvrant la grande pierre plate, pose sa main sur la face rugueuse et tiède, sourit.
Elle quitte Chateauroux ce soir, elle aurait aimé remercier son ami Nissac, pour son accueil pour son écoute, pour ce lieu, perdu dans le temps et l'espace. Elle voulait aussi le vilipender pour ses propos mordants à l'encontre de Crategos, au bal. S'il était son ami, il devrait se réjouir pour elle, elle qui n'était plus que l'ombre de la Rouge, si sombre, si pessimiste sur la suite de sa vie. Elle qui voulait quitter le Berry, pensant y avoir perdu amant et amis... Mais non, Nissac pensait qu'elle faisait une erreur. Il ne semblait pas fort aimer Crategos. Pourquoi donc? Serait-il jaloux de lui? De la passion qui les unit? Peut-être même du fait qu'il puisse la toucher, lui...?

Aldara secoue la tête, non évidemment, non, bien sûr! Nissac avait retenu l'attention de la jeune femme drapée dans son velours noir, dès les premiers instants. Elle y avait vu un peu de son Ange, dans son obstination à la vouloir dévoilée, dans ses tentatives pour l'approcher, dans la justesse et la profondeur de ses paroles... Elle avait su immédiatement que cet homme serait un ami. Fidèle et constant. Elle n'avait d'ailleurs pas hésité à venir le voir après l'épisode sanglant de Sancerre.

Il l'avait amenée ici. Pour lui dire à quel point elle devait regarder vers demain. Lui proposer même de s'installer à Chateauroux où elle s'intègrerait sans mal, probablement. Il avait réussi à lui faire oublier un peu sa peine, la faire sourire même. Mieux encore! Elle avait ôté son voile, pour toujours sans doute...

Elle laisse glisser sa main sur la pierre chaude, l'esprit planant au-dessus.

Aldara pensait qu'il serait là, peut être... Elle ne parvient pas à quitter la ville sans lui dire au revoir.

Regard qui se pose sur le rocher qui l'invite à s'assoir. Canne qui glisse sur l'herbe humide. Froissement de velours. Elle s'assoit. Elle l'attend.
**********
Rêvant encore une fois, Nissac se prit les pieds dans le talus de houx, perdit l’équilibre et se cogna le front contre un tronc non loin. Il se maudit
d’être si maladroit, se massa le front en continuant son chemin, évitant de justesse une branche placée là pour lui à n’en pas douter, il entra dans le cercle paisible du lieu qu’il nommait en un sourire Ataraxie. A travers ses doigts qui massait vilaine bosse qui ne tarderait pas à poindre, il fut étonné d’y voir Aldara, assise sur la pierre plate, le regardant, ne semblant pas être surprise par son arrivée des plus discrètes.

Bonsoir Aldara, il est plaisant de vous voir ici dit-il en souriant, je vous pensais déjà sur la route.
**********
Un bruit dans les fourrés. Un animal nocturne?
Une chute suivie d'un "aïe" rageur. Aldara sourit, elle connait le son de cette voix. Elle a donc eu raison de venir.
Comte apparait finalement, se massant le front et maugréant. Il semble étonné de la voir, elle ne l'est pas.
Bonsoir Comte. Je pars en effet, dans quelques minutes, mais je ne pouvais me résoudre à partir sans vous dire au revoir. Je me suis dit qu'ici serait sans doute le meilleur et le plus sûr endroit de vous trouver.
Elle tente de se lever, cherche sa canne dans l'obscurité, peste à son tour. Elle se décale alors simplement, tapotant la pierre à côté d'elle, indiquant à Comte qu'il s'assoie.
Il faut que je vous parle. Par amitié.

**********
Un hochement de tête affirmatif plus loin, il ramasse la canne qui était tombée non loin, s’assoit sur la pierre et tend la canne à Aldara.
Votre mémoire est bonne pour retrouver le chemin de ce lieu. Dites-moi tout, je vous écoute avec attention.
Elle soupire, baisse les yeux, réprime un tic pour rajuster son voile désormais absent.
Comme je vous l'ai dit, je suis venue vous dire au revoir et vous remercier pour la disponibilité dont vous avez fait preuve à mon égard. Je voulais aussi vous dire que... je vous ai reconnu, au bal, lorsque vous prîtes la parole face à Crategos. Je ne sais pas bien pourquoi vous fûtes si piquant, qui plus est, vos remarques étaient erronées. Rarement Crategos me gratifiait de compliments devant témoins, il gardait cela pour l'intimité...
Elle lève sur lui ses grands yeux sombres et articule:
Si vous m'aimez, comme je le crois, pourquoi ne point vous réjouir pour moi?...
Ils ont parlé longtemps, sous le chêne. Ils souriaient au début, jusqu'à ce qu'elle lui pose une question importante.
"Cher Comte, malgré nos divergences, me croyez-vous digne de vostre amitié?"
Et là, contre toute attente, il n'avait pas répondu. Pire, alors qu'elle répétait sa question, il avait fini par lâcher:
"Vous n'aurez jamais la réponse à cette question"
Son sang n'avait fait qu'un tour. Elle en avait déduit que non, leur divergences étaient plus forte que leur amitié. Elle avait compris qu'il ne l'aimait pas, comme elle le croyait, finalement. Elle avait compris qu'il lui jetait son amitié au visage, dévoilé par ses soins à lui...
Elle a cherché sa canne dans l'obscurité, s'est levée et, lui tournant le dos, marchant déjà vers le talus de houx, elle a lâché, entre ses dents:
"Je vois... Sachez pourtant que vous avez changé ma vie, plus profondément que je n'aurais cru. Et c'est peut-être grâce à vous que j'ai accepté cette demande en mariage.
Peut-être aussi que j'ai enfin décidé de m'engager aux côtés de mon promis, dans son parti politique... Et pour tout cela, je vous remercie. Une Aldara est morte, pour en faire naître une autre. Soyez heureux et prenez soin de vostre dame."

Elle avait disparu dans la nuit, ombre parmi les ombres...
¤¤¤¤¤
Ses yeux ne cillent pas, ils fixent un point perdu dans les ombres, un dos qu’il a vu se fondre dans la nuit… D’une voix basse, il parle aux étoiles.
Aldara… Tu t’emportes si rapidement…
Il réfléchit un instant, se penche pour prendre sa besace, y sort un parchemin ainsi que son nécessaire à écrire. Ses yeux se fixent sur le bout de sa plume qui commence à glisser, laissant une trainée d’encre, les mots qu’il n’avait pu dire à Aldara.
Sa lettre achevée, Nissac plie soigneusement le parchemin, qu’il place au dessus de la pierre plate, ramasse et pose un caillou pour éviter que le courrier ne s’envole avec le vent, le temps. Il soupire avant de reprendre à voix basse.

Laissons faire le destin… S’il existe.
Il hausse les épaules, retourne au domaine de Dame Floryne, le cœur lourd, les pieds également, qui se prennent à nouveau dans le talus de houx.
¤¤¤¤¤
Des bruits légers dans les fourrés, alors qu'une brise se lève.
Elle arrive.
Elle a découvert cet endroit par hasard, bien caché derrière le houx. Une grande pierre plate sur laquelle se lover, sous les rayons de la lune découpée par les branches d'un chêne.
Telle une chatte, elle saute en silence sur la pierre plate et déjà coule sur la chaleur minérale. La pointe de son épée crisse et scintille sous la lune.
Mmmmhhh... C'en serait presque jouissif... Succube extatique, Dame Rumeur soupire sous les hululements de l'oiseau de nuit, sous le coassement des grenouilles toutes proches.
Alors que ses jambes effilées se répandent sur le rocher, son mollet adorable rencontre un obstacle. Crissement du papier.
Dame Rumeur se relève, son éternel sourire charmeur vissé aux lèvres et envoie ses doigts reptiliens vers une feuille ou un parchemin qui semble retenu par un petit caillou rond.
Elle laisse glisser ses yeux diaphanes sur les mots noirs:
Aldara,
Le temps d'un instant, vous me dîtes "Me croyez-vous digne de vostre amitié", une respiration plus tard, je vous répondis que vous n'aurez jamais la réponse à cette question. L'instant suivant, vous n'étiez plus. Ne restaient de vous que les empreintes laissées par vos pas, votre canne. Sachez que je ne suis qu'un rêveur, point un seigneur. Nous sommes ici au même niveau, je ne suis point meilleur que vous, au dessus de vous. Sachez également que pour moi l'amitié, ou
l'amour, ne sont sentiments quantifiables. Je n‘ai pas à juger si vous méritez ou êtes digne de mon amitié. Je ne suis qu'une simple oreille attentive à ce que vous souhaitez lui dire, qu'une voix qui énonce
conseil ou chose qui lui semble juste, qu'elle soit agréable ou non pour vous. Je suis également l'épaule sur laquelle vous pouvez pleurer si l'envie vous prend ou vous appuyer si par grand malheur vous égariez votre canne.
Vous n'avez pas être digne, juste rester Aldara la rouge, celle qui me mordait le poignet et fit perler mon sang de sa dague car je la provoquais une fois de trop. Etre seulement cette amie qui fait naitre
sourire lorsque je la vois. Vous, Aldara, simplement vous.
Pour ce qui concerne vos dires prononcés lors de votre départ hâtif, je ne suis pas l'auteur de ces changements dans votre vie. Je n'ai fait que lutter pour la suppression de ce signe qui selon moi ne vous rattachait que de trop à vos souffrances passées. La suite vient de vous et vous seule, il n'y a que vous qui choisissez les chemins que vous empruntez.
Amicalement, Nissac
Si contre toute attente, vous, autre qu'Aldara lisez cette lettre, pouvez-vous juste la replacer au même lieu où vous la trouviez ? Si possible sous un caillou, afin qu'elle ne s'envole un jour. Je sais qu'elle viendra, il faut qu'elle vienne.


Elle ne comprend pas tout et elle s'en moque. Mais ce qu'elle sait, c'est que cette lettre semble importante.

D'un rire cristallin, la tête rejetée en arrière, elle jette de minuscules papillons blancs qui se prennent dans ses cheveux immaculés, dans un bruit de papier qu'on déchire...
Un petit coup de pied pour faire rouler le caillou au sol et voilà la Belle qui s'étend à nouveau sous la lune, dans un soupir d'extase, déjà engourdie de sommeil...
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