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 La déchéance

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Aldara
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Nombre de messages : 555
Date d'inscription : 04/07/2007

MessageSujet: La déchéance   Lun 25 Aoû - 22:55

Une ombre chancelante passe devant la porte de l'Auberge Rouge. Une ombre voutée, peu reconnaissable. L'ombre de la Rouge. Ivre. Comme tous les soirs depuis la trahison. Celle de Crategos avait été dure à avaler, mais La Rouge s'était raccrochée à cet espoir professionnel. Elle Lui avait fait confiance.
Elle allait être juge.
Ainsi, elle avait tenu. Au bord du gouffre, mais elle avait tenu.
Jusqu'à ce que, d'une pichenette, Il la précipite au fond du trou.
Jamais elle ne serait juge.
...
Alors l'alcool était devenu son seul refuge. Lui seul lui réchauffait l'âme, à présent, comme savait le faire son mari auparavant.
Le Père Bushiro avait bien tenté de la confesser, de la raisonner, de la remettre sur le chemin du bonheur... Elle l'avait écouté d'une oreille, hoché la tête pour ne pas le vexer, mais elle savait bien qu'elle était perdue.
Perdue...
...
L'ombre s'arrête un instant devant la porte baignée par la lune.
L'ombre d'une main caresse le bois tiédi par le soleil déjà couché.
L'ombre d'un sourire se dessine, la main retombe, le pas reprend. Silencieux et maladroit...
¤¤¤¤¤
Elisa quitta l’église plus sereine qu’elle n’y était entrée. Elle traversa le village, faisant un signe de tête à droite à gauche, mais le pas rapide et résolu. Elle gagna l’auberge. Lorsqu’elle en ouvrit la porte, elle fut soulagée de n’y trouver encore personne à cette heure matinale.
L’auberge….
Que ne s’était-elle tue, plutôt que de prier Messire Crategos de lui en conter l’histoire ! A l’avenir, quand elle aurait ce genre d’intuition, elle broderait, inventerait…qu’à un conteur à faire de la vérité après tout !
Elle en voulait un peu à son propriétaire, qui avait profité de sa présence pour informer indirectement Dame Aldara de ses intentions.
Car, toute tavernière qu’elle fût, elle ne pouvait deviner qu’Aldara était son épouse et que cette histoire, qu’elle voulait écrire, était la sienne. Elle n’en aurait rien fait d’ailleurs, et elle n’en ferait rien.
Elle décida de s’affairer. Nettoya le comptoir, cira le parquet, lava les quelques chopes encore sales de la veille, passa sa colère sur les tables. Enfin, elle s’assit, les épaules légèrement voûtées par la fatigue.
Elle allait servir, en ce dimanche d’août, et se taire. Rêveuse, elle regarda par la fenêtre, et sourit. Bientôt les chemins, en route vers un avenir incertain. Soudain, elle douta. Un mois….le temps pour oublier peut-être, mais pas elle. Elle, elle n’oublierait pas.
¤¤¤¤¤
La Rouge a rencontré la tavernière. Elle lui en veut un peu, bien sûr, bien que la jeune fille ne soit pas responsable.
Elle lui en veut d'avoir pris sa place derrière le comptoir de son Auberge. Et puis l'alcool rend son venin plus amer encore sans doute...
Ce matin, sa tête est lourde, bourdonnante, comme serrée dans un étau, après ces litres engloutis la veille. Elle se souvient... Elle s'en veut.
Elle tente de se lever, elle va aller lui parler... mais son corps ne lui répond pas, déjà des étoiles dansent devant ses yeux, son estomac menace de se retourner...
Une main qui se tend vers la table de chevet, attrape sa plume et un morceau de vélin.
Elle gratte, lentement, pesant chaque mot qui tire de son crâne une douleur sourde.
...
Tic-tic-tic, fait-elle avec sa langue et voilà son pigeon à la fenêtre. Péniblement, elle charge l'oiseau.
A l'Auberge, mon tout beau!
La main retombe, laissant glisser la plume au sol, les yeux se referment, le souffle se fait lent, elle dort...
Dame Elisa,
Ces quelques mots pour vous signifier encore que je m'emporte souvent trop vite et que vous ne méritiez pas mon animosité. J'espère ne pas vous avoir froissée ou effrayée. Je souhaiterais vivement que vous m'entreteniez un peu davantage de votre projet d'écriture. N'y renoncez pas à cause de moi. Et puis peut-être cela me sauvera-t-il... Il me sera doux de me souvenir de celle que j'étais, de celui qu'il était, de ceux que nous étions... Et de cette auberge, bien triste aujourd'hui, qui fut pourtant notre premier nid d'amour...
Bien à vous
Aldara

¤¤¤¤¤
Elisa s’apprêtait à refermer la fenêtre, lorsque le pigeon se posa sur le rebord. Elle saisit doucement l’oiseau, ferma afin qu’il ne s’échappe pas, et dénoua le fil qui retenait son message. Elle reposa l’oiseau sur le comptoir et dénicha un morceau de pain sec qu’elle émietta. Cela le ferait patienter et le récompenserait de sa course.
Elle s’attendait bien à recevoir une missive. Etait-ce Messire Crategos qui s’excusait de l’avoir mise dans un tel pétrin ?
Elle défit lentement la missive, peu encline à se montrer compréhensive. En somme, tout avait été dit, ou presque.
Elle la lut.
Elle la replia, l’ouvrit à nouveau, la relut encore une fois. Elle sourit. Froissée ? Effrayée ? Elle ne l’était nullement. Bien que...cette ambiguïté latente, ces non dits, oui, elle était froissée, mais pas contre Aldara.
Elle décida de répondre aussitôt. Elisa extirpa de sa besace une plume et un manuscrit, son encrier et se mit à écrire.
Chère Aldara,
sachez que vous ne m’avez ni froissée ni effrayée et que je ne peux que compatir à votre chagrin ainsi qu’à votre colère.
Il m’a été conté l’histoire de l’auberge par Messire Crategos, après que je lui ai demandé si son nom était le signe d’un événement tragique qui s’y serait déroulé. C’est alors qu’il m’apprit celle que je sais être maintenant la vôtre. Telle que je l’ai comprise, vous deveniez une femme lointaine et mystérieuse, dont il savait seulement qu’elle était en vie quelque part. Si il avait été plus précis, si les événements tragiques qu’il m’a narrés n’avaient pas parus si lointains, jamais ne me serait venu l’idée d’en faire un récit.
Non, je ne me permettrai pas de la raconter. Cette histoire est vôtre, elle est une partie de votre vie et vous seule pourriez le faire.
Sachez enfin que j’aurais voulu vous rencontrer dans d’autres circonstances. Je vais démissionner de mon poste de tavernière. Je projette de toutes les façons un voyage et je ne faisais que remplacer le tavernier en titre durant sa retraite.
Bien à vous,
Elisa

Elisa attacha solidement la missive à la patte du volatile et ouvrit la fenêtre.
Allez...file retrouver ta maîtresse.
¤¤¤¤¤
Poc...
Poc...
Poc Poc
Fait le bec contre la vitre. Aldara a l'impression que c'est contre sa tempe... Un oeil s'ouvre, un corps s'étire, les mains se crispent puis se relâchent. Les cheveux sont encore en bataille, la langue lourde et le parfum vinaigre, mais c'est déjà mieux que plus tôt.
L'oiseau.
Tic tic tic... viens mon tout beau.
La Rouge déplie le velin de ses doigts encore engourdis, ses yeux parcourent les lettres floues, descendent jusqu'à la signature. Norf!
Froncement de sourcils, elle se cale dans les oreillers, mouille ses lèvres pour se concentrer.
Une fois la lecture achevée, Aldara secoue la tête. Son mari ne changerait jamais... "une femme lointaine et mystérieuse, dont il savait seulement qu’elle était en vie quelque part." Voilà donc comment il avait présenté celle qui avait renversé son coeur, celle pour qui il avait expié ses fautes, s'était fait baptisé, l'avait épousée... Voilà donc tout ce qu'il restait de La Belle qu'il avait couvert d'or, d'étoffes et de pétales de roses?...
Haussement d'épaules. Lent. Triste.
Et cette jeune femme, qui faisait les frais des silences de Crategos... Encore...
Les draps s'envolent et deux pieds blancs touchent le sol.
Aldara, ma grande, tu as toujours aimé les causes perdues, en voilà une, ressaisis-toi! La demoiselle tourne les talons, la tête basse? Je m'en vais lui rendre son sourire. De gré ou de force! Jusqu'au tribunal s'il le faut!
Des petits pas dans l'escalier, une étoffe sombre qui glisse sur la peau, un médaillon qu'on réajuste, quelques mèches assagies et la voilà à la porte de l'Auberge.
Hahum?... Y a quelqu'un?...
¤¤¤¤¤
Elisa se redressa, se tourna vers la porte et sourit.
Je vous attendais...Bonjour Dame Aldara.
¤¤¤¤¤
Elle entre, cherche déjà ses mots derrière le masque jovial qu'elle lui affiche. Elle s'arrête net, remue son nez aiguisé.
Mais dites-moi, on sent la différence, quand c'est une femme qui tient la boutique! L'auberge est rutilante...
Sourire. Regard discret sur le comptoir, voir si un petit verre n'y traine pas. C'est qu'elle a soif, la maraude... Son corps est habitué à l'alcool à présent, le manque commence à se faire sentir. Elle réprime une main qui tremble.
Hum... J'ai bien... J'ai reçu... Mon pigeon est venu... me... Norf! J'en perds mon latin!
Soupir. Bras qui se tend vers la jeune femme.
Bonjour... Je me nomme Aldara, on m'appelle souvent La Rouge, je suis l'épouse de votre patron. Enchantée...
Regard complice et un brin interrogatif...
¤¤¤¤¤
Elisa prend la main tendue et la serre.
Enchantée Aldara...je suis Elisa, tavernière remplaçante de l'Auberge. Vous savez, vous m'avez devancée, je m'apprêtais à vous écrire ce matin...
Elle passe derrière le comptoir et brandit une bouteille d'hypocras.
En prendrez-vous un verre avec moi? Je crois que j'en ai besoin.
Elle serre, glisse l'un des deux verres devant Aldara, lève le sien en regardant la jeune femme.
Sourire. Compréhension muette face à la cruauté des hommes. De certains hommes.
¤¤¤¤¤
Le verre vide tourne entre ses doigts. Sa tête hésite, ses entrailles pas.
L'hypocras... Il doit rester encore quelques tonneaux que j'avais préparés à l'avance. Je vous accompagne, oui, même s'il est encore tôt. Si vous voulez, je vous donnerai la recette tenue secrète de ce breuvage divin. Maintenant que vous êtes là, vous allez devoir prendre la relève!
Le liquide rouge coule dans les verres. Déjà ses yeux s'allument.
Une lampée, lente et salvatrice, son estomac se réchauffe, ses mains se détendent, son dos se relâche un peu.
M'écrire, disiez-vous... Mh... Je pense que ç'aurait été pour m'annoncer une mauvaise nouvelle. Et je ne veux pas être la cause de votre départ. Je suis parfois un peu rustre, mais jamais méchante, même avec ceux qui le méritent. (elle repense à Valdemer, qui lui, a essuyé son courroux...)Hum, enfin presque jamais!
Elle envoie la main sur la table, tente d'attraper celle de la tavernière, hésite, ne voudrait pas l'effrayer.
Elle se lève finalement.
Venez, nous allons passer au marché, acheter ce qu'il nous faut pour l'hypocras, puis je vous montrerai un lieu qui me tient à coeur.
A nouveau une main qui se tend, attend qu'elle soit saisie.

¤¤¤¤¤
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