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 Au bord du fleuve

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Aldara
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Date d'inscription : 04/07/2007

MessageSujet: Au bord du fleuve   Mer 17 Sep - 11:56

Aldara était à Albi depuis deux jours à peine, elle était venue rencontrer un homme qui se disait mourant après l'amputation sauvage de sa jambe. Elle avait dû faire vite, craignant qu'il ne meure. En passant par Castres, elle avait croisé GrandPas, cet homme étrange aux yeux d'émeraude. Il avait proposé de la rejoindre, le lendemain.
Alors qu'elle titubait dans les rues Albigeoises, elle vit un homme assis sur les bord du fleuve, un animal à ses pieds. Dans un sourire, elle comprit qu'il était arrivée et s'approcha à pas de loup.
Et bien mon ami, vous voilà fort pensif, regretteriez-vous d'être venu jusqu'ici?... Bonjour Baïkal.
L'homme avait sursauté puis souri. Très vite, le tutoiement s'imposa entre les deux jeunes gens qui semblaient à l'aise ensemble et heureux de se retrouver.
Comme à chaque fois, Aragorn avait essayé de faire parler La Rouge, sur ses démons, sur les tortures de son âme.
Comme à chaque fois, elle avait balayé les questions d'un revers de main, inquiète de ce que pourrait faire l'homme s'il savait tout.
Et puis GrandPas avait eu l'idée saugrenue d'aller se baigner, sous la lune haute, invitant Aldara à en faire autant. C'était sain disait-il, revigorant.
Par défi, par curiosité, par fierté bien sûr, elle avait fini par entrer dans l'eau, retirant seulement ses bottes noires.
Et puis une idée lui était venue, une idée folle, presque suicidaire... Et si elle se laissait couler à pic, la laisserait-il se noyer? Certes l'idée était risquée, mais elle aurait le mérite de démasquer un éventuel usurpateur.
Alors elle s'éxécuta, disparut sous l'onde noire, emportée par le fort courant du fleuve.
Immédiatement l'homme parcourut les quelques pieds qui les séparaient, l'empoigna par la taille et la ramena sur la berge, trempée dans sa robe de velours.
Respire lentement, disait-il, reste avec moi, tout va bien.

Alors qu'elle cherchait l'air qui manquait à ses poumons, elle repoussait ces mains amies mais pourtant masculines qui touchaient son corps pour la ramener à la vie. Enfin son coeur se calma, ses poumons s'apaisèrent, laissant le froid humide pénétrer son corps.
Je vais faire un feu. Et il faudra que je t'apprenne à nager je crois.

GrandPas s'activait, ramenait brindilles, dépliait couvertures, l'observait du coin de l'oeil.
Les flammes jaunes dansèrent rapidement dans leurs yeux, révélant le vert profond des prunelles de l'homme, et la discussion reprit.
Ils échangèrent quelques menus récits de leur passé, souriant toujours, peu à peu réchauffés par le feu crépitant.

Plus tard dans la nuit, Aldara ferma les yeux, pointa le nez en direction de son ami et se mit en quête de son odeur, sous le regard étonné du loup qui n'avait pas bougé.
La terre après la pluie... Tu sens la terre après la pluie. Une odeur fraîche et naturelle.
Et toi le printemps naissant, les premiers soleils qui chatouillent les boutons de roses, avait-il répondu, souriant. C'est la deuxième fois que je sens ce parfum.

Elle y avait vu une tactique de troubadour, les mots fleuris d'un chasseur en quête de trophées. Et elle avait eu des mots malheureux.
L'homme s'était soudain fermé, éloigné, en corps comme en pensées, lui présentant son dos anonyme.
Elle se sentait coupable, elle le jugeait sans rien savoir de son passé, disait-il.
Alors elle avait fait quelque chose qu'elle ne faisait jamais.
Une main tendue, quelques doigts fébriles qui saisissent une paume démesurée; Aldara veut dormir.
Ici.
A côté de lui.
Sa main dans la sienne.
Et demain, ils se raconteraient. Quel que soit le temps que ça prendrait.

Deux corps sombres s'allongent près d'un animal gris. La nuit les enveloppe. Au loin, les hululements d'une chouette répondent au chant d'un grillon solitaire...
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Grandpas
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MessageSujet: Re: Au bord du fleuve   Sam 20 Sep - 0:40

La nuit passa tranquillement au coin du feu qui mourut doucement. Aragorn se réveilla plusieurs fois, pour voir comment allait son amie. Il la recouvrit un peu plus pour qu'elle ne prenne pas froid.

Au matin, quant il se réveilla, il vit qu'Aldara était déjà debout. Elle s'était changée et avait apporté de quoi petit-déjeuner. Il lui sourit en s'asseyant.

Comment te sens-tu ce matin?

- Sèche.

Grandpas partit dans un grand éclat de rire. Mais ce n'était pas ce qu'il voulait savoir. Il voulait savoir comment elle allait après l'incident de la veille.
Aldara lui répondit alors qu'elle se sentait honteuse. Honteuse de l'avoir fait pleurer.

Oublie ça. Tu ne pouvais pas savoir.

Ils partagèrent le pain et burent au même pot de lait. Puis Grandpas se lança dans l'histoire de sa vie. Il résuma son enfance et sa jeunesse pour arriver au sujet qui les intéressait.

Donc, on m'envoie en France pour une nouvelle mission. Je m'installe donc à Fougères, en Bretagne. Je ne sors pas beaucoup, juste pour travailler et me ravitailler au marché. Un jour, je me décide à aller boire un verre dans une taverne. J'y fais la connaissance de Rowenda. Nous devenons les meilleurs amis du monde. Et à ce jour, il est toujours mon meilleur ami.
Bref, avec Rowenda, nous sortons plus que je ne le faisais jusque là. Et forcément, je rencontre d'autres personnes dont une femme. Elle se prénomme Wigulaf.


Il lui relata leur rencontre, leur mariage un peu précipité, son voyage en Écosse pour faire son rapport, Wigulaf allant au bal à Tulle pendant son absence. Il n'oublia pas de lui dire que Wigulaf avait rencontré un homme et qu'elle était devenue sa maîtresse. Bref, aucun détail ne fut laissé pour compte. Il lui expliqua qu'elle avait demandé à déménager et qu'ainsi, ils avaient quitté la Bretagne pour Sarlat et le Périgord.

Là bas, Wigulaf retrouve un homme qu'elle a rencontré au bal de Tulle. Il se nommait Clouds. La vie à Sarlat n'est pas ce que nous en attendions. Nous refaisons les paquet et nous partons sur Le Puy, dans le Languedoc. Bien entendu, le fameux Clouds nous suit. C'est au Puy que j'apprends finalement que Wigulaf et Clouds sont amants.

- Mais tu ne t'en es pas aperçu avant?

Ben non! Je n'ai rien vu. Ils se cachaient bien, tu t'en doutes. Enfin... Je quitte Wigulaf après plusieurs tentatives de sa part pour me faire rester. Je pars en compagnie d'une jeune femme rencontrée un peu plus tôt, lors d'un bal costumé. Elle s'appelle Myriamlagrande et elle est Templière.

Il raconta tout en détail encore une fois. La nuit qu'ils partagèrent alors qu'ils avaient surement trop bu tous les deux. Le départ de Myriam pour une mission avec les Templiers. Sa promesse de le rejoindre au plus vite. Son court séjour à Polignac où il l'attendait, son déménagement à Montmirail, dans le Maine où il avait acheté une maison pour eux deux. La lettre qu'elle lui avait envoyée pour lui dire que finalement elle ne viendrait pas, qu'elle allait retrouvé un autre homme, Templier lui aussi.

_________________

Seigneur de Drummore, Baron du Connemara, Comte de Galloway


Dernière édition par Grandpas le Sam 20 Sep - 18:07, édité 1 fois
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Aldara
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MessageSujet: Re: Au bord du fleuve   Sam 20 Sep - 16:42

Le matin s'était levé sur la campagne albigeoise, chatouillé par les chants des premiers oiseaux, alors que la chouette s'était tue, tard dans la nuit.
Sans bruit, Aldara s'était levée, transie de froid dans ses braies et sa chemise trop fines pour ce début d'automne. Evidemment sa robe n'était pas sèche. Elle l'enfila malgré tout, grimaçant au contact de l'étoffe mouillée et prit le chemin du village, pensant déjà à ses vêtements secs.
Une fois changée-elle avait passé sa robe sang, cette robe qu'elle affectionnait tant- elle fit un tour au marché. Pain chaud, brot de lait tiède et deux belles pommes luisantes feraient un frugal petit déjeuner.
De retour au bord du fleuve, elle déposa les provisions, s'assit en tailleur devant GrandPas et écouta le récit de sa vie.
Il y eut des prénoms de femmes.
Beaucoup.
Beaucoup trop selon La Rouge. Elle ne les retint pas tous. Wigulaf, Myriam, Stellie, Lamadelon, Lenaelle, Aurely... et d'autres encore. Presque toutes lui avaient donné descendance. Il semblait avoir aimé certaines d'entre elles, apprécié seulement d'autres.
Deux questions vinrent aux lèvres d'Aldara, qui se contint tout au long du récit.
Mon ami, comment ton coeur s'est-il donné à chaque fois? J'ai du mal à croire qu'on puisse aimer pareillement tant de femmes... Ne l'as-tu jamais offert trop facilement?
Il avait souri, comme à chaque fois qu'elle posait une question.
Oui, parfois, sans doute, l'ai-je donné trop légèrement. Mais ma mie, Aurely, je l'aime avec démesure et constance, sans controle ni calcul, je sais qu'elle est la femme de ma vie.
Et voilà qu'il amenait la deuxième question d'Aldara.
Ta fiancée est en retraite disais-tu. Mais pourquoi donc? Est-elle souffrante?
Non! avait-il répondu étonné.
Et bien alors, tu n'est pas inquiet? Pour quoi cette réclusion?Une femme qui se cloitre, alors qu'elle a un mari aimant... Ou bien elle est souffrante, donc c'est inquiétant, ou bien elle ne l'est pas et c'est encore plus inquiétant, non?...
GrandPas avait paru déstabilisé.
Non! Elle n'est pas souffrante. Et... elle... elle m'aime, avait-il soufflé finalement.

Elle ne voulait pas juger, elle ne s'en donnait pas le droit.
Mais elle trouvait tout de même que cet homme si fort, si stable, si raisonnable avait un coeur d'artichaud...
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